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"Sucre & Vous"
à partir du 15 avril 2021

Edito

« Sucre & Vous », la nouvelle exposition du musée de Vassogne propose un voyage étonnant dans l’univers du sucre. L’idée s’est imposée avec le don récent au musée de pièces et de documents relatifs à la sucrerie de Maizy (Aisne) patiemment conservés par son dernier Directeur Jean-Claude Religieux. Un pan entier de l’histoire de la région, finalement assez méconnue, se révélait. La production du sucre de betteraves a marqué et marque les territoires de l’Aisne, de la Picardie et plus largement du nord de la France. Nous avons ainsi redécouvert la complexité de la chaîne humaine et technique qui aboutit à ce petit cube blanc, tellement banal, que nous immergeons dans nos cafés. En conséquence, prolonger cette histoire agricole et industrielle du sucre par l’exploration de ses aspects culturels a semblé une évidence.

En ce sens, le propos de l’exposition s’inscrit pleinement dans la philosophie du musée de Vassogne. Notre sujet fondamental - au-delà de l’exploration de la richesse culturelle des sociétés anciennes liées à l’outil et à ses usages - est d’interroger la complexité et la fécondité du rapport entre enjeux locaux et globaux. Cet aller-retour entre les aspects les plus historiques et les plus contemporains fondent la dynamique du musée. Le contenu de l'exposition est le reflet de textes et thématiques abordés par les auteurs du catalogue :

Claire Feuvrier-Prévotat nous emmène dans l’Antiquité pour comprendre la place du sucre dans ces civilisations anciennes. Nous apprenons que le terme indien khanda (milieu du IIIe siècle av. J.-C.) qui qualifie du sucre en gros cristaux est à l’origine, par l’intermédiaire de l’arabe et de l’italien, du mot « candi ». Surtout, cette étude souligne le rôle de premier plan du miel « porteur du sucre » dans la gastronomie romaine.

Jean-Pierre Boureux, en s’appuyant sur les manuels de cuisine ou les inventaires de pharmacopée du XIème au XVème siècle, analyse l’utilisation du sucre blanc originaire de la canne au Moyen Age. Sa place est importante aussi bien dans la pharmacie que dans la cuisine où il est considéré comme une épice, à une époque où l’on ne sépare pas le sucré et le salé, et où les desserts n’existent pas en tant que tels. Parallèlement, le miel continue d’être un élément clé de l’alimentation, et une recette de préparation du miel rosat nous est livrée.

Guy Marival met en perspective l’histoire de la culture de la betterave, à travers une lecture à la fois historique et contemporaine de la « Notice » de Pierre-Alexandre-Jules Huet-Delacroix, qui fait la promotion de sa culture dès 1812 et qui deviendra l’un des premiers betteraviers de l’Aisne. Il complète cette histoire par celle de la transformation de la betterave, de l’outil à la mécanisation, du champ à l’usine, et par un panorama des sucreries dans l’Aisne depuis le XIXe siècle.

Jean-Claude Religieux nous plonge dans la haute technicité - insoupçonnée par le grand public - de l’industrie de la transformation de la betterave en sucre. Il en détaille avec maîtrise toutes les étapes, depuis les achats jusqu’au conditionnement et à l’expédition. Dernier Directeur de la sucrerie de Maizy, il nous raconte sa saga depuis 1858 jusqu’à sa fermeture en 1997 et nous comprenons à quel point cette histoire est à la fois familiale, entrepreneuriale et profondément ancrée dans celle du territoire de l’Aisne.

Julie Deydier rappelle que le sucre est un plaisir (son étymologie est associée à l’idée de douceur à partir des années 1460) et une culture. Elle parcourt les expressions, la toponymie et les lieux évocateurs du sucre, nous plonge dans les états et les formes du sucre. Le sucre et ses usages inspirent le design des objets, des plus sophistiqués aux plus quotidiens, et nourrissent l’imagination des écrivains et des cinéastes. Le plus surprenant sera de découvrir que le sucre tel qu’en lui-même est matière première de créations artistiques dès la fin du XVe siècle à Venise. L’empreinte culturelle du sucre se révèle multiforme.

Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à déguster cette exposition que nous à l’avoir concocté, alors : « Sucrez-vous ! ».

Patrick DOUCET

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